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Lutter contre la pénurie d’électricité : ce que prévoit la Confédération

La sécurité de l’approvisionnement en électricité est actuellement au cœur du débat public et sera également abordée au Congrès des services industriels 2022. Quel regard la Confédération porte-t-elle sur la situation ? Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie, répond à nos questions. Il participera à la table ronde du Congrès des services industriels.

Toute la Suisse parle actuellement de la menace d’une pénurie d’électricité hivernale dans les années à venir. Quelle est la situation cet hiver ?

Benoît Revaz : À l’échelle européenne, la situation est tendue. Cela est dû entre autres au fait que les réservoirs de gaz sont moins remplis que d’habitude et que quatre réacteurs nucléaires français ont été mis à l’arrêt. Cependant, même si la situation en Suisse ne peut pas être dissociée de la situation internationale, en hiver notre pays s’appuie en particulier sur les lacs de retenue ; hors ceux-ci sont actuellement encore bien remplis, leur niveau correspondant à la moyenne à long terme. Le réseau de transport présente par ailleurs des capacités suffisantes. De l’avis du groupe de travail «Hiver» institué par l’ElCom, la sécurité de l’approvisionnement n’est donc pas menacée cet hiver malgré la tension sur les prix. Un risque résiduel persiste néanmoins en cas d’autres mises à l’arrêt majeures de centrales ou si une vague de froid importante devait survenir en mars.

Suite à l’abandon des négociations pour un accord-cadre institutionnel avec l’UE, il n’existe pour l’instant pas non plus d’accord sur l’électricité. Dans quelle mesure cette situation augmente-t-elle pour la Suisse le risque de difficultés d’approvisionnement en électricité ?

Il faudrait la combinaison de plusieurs facteurs majeurs pour que la situation devienne critique. L’étude commandée par l’OFEN et l’ElCom en fait la démonstration à l’aide d’un scénario de stress : pendant les périodes hivernales, il faudrait assister à la fois à la mise à l’arrêt de grandes centrales en Suisse et en Europe et à une forte réduction des capacités transfrontalières mises à disposition de la Suisse pour les échanges d’électricité – et donc des importations commerciales. Dans un tel cas, des ruptures d’approvisionnement seraient possibles vers la fin de l’hiver pendant quelques heures non consécutives. Pendant ces heures, nous assisterions donc à une pénurie d’électricité à laquelle il faudrait faire face au moyen de mesures de gestion.

Que prévoit la Confédération afin de continuer à assurer le degré élevé de sécurité d’approvisionnement de la Suisse ?

La réserve hivernale des lacs de retenue est une mesure à court terme qui pourrait prendre effet dès l’hiver 2022/23. Les exploitants de centrales sont dédommagés afin de retenir de l’eau dans les bassins d’accumulation pour les mois de fin d’hiver. Cette réserve ne serait cependant utilisée que si le marché n’était pas en mesure de livrer suffisamment d’électricité pour assurer l’équilibre. Mais il nous importe d’agir non seulement en matière de production mais aussi en matière d’efficience énergétique. Ce potentiel est également important, par exemple avec le remplacement des chauffages électriques à accumulation ou l’utilisation d’appareils électriques plus économes. Ce sont des mesures que nous pouvons mettre en œuvre assez rapidement.

Quelles mesures sont prévues à moyen et long terme ?

La sécurité de l’approvisionnement est l’un des objectifs principaux de l’acte modificateur unique (révision des lois sur l’approvisionnement en électricité et sur l’énergie) actuellement en cours de traitement dans les Chambres fédérales. Il y est prévu d’augmenter fortement les capacités de production générales d’énergie renouvelable d’ici 2050. D’ici 2040, il est par ailleurs prévu d’augmenter de 2 TWh la production d’électricité renouvelable contrôlable. Il s’agit en premier lieu de centrales hydrauliques à accumulation mais également d’autres vecteurs énergétiques renouvelables. La réserve hivernale des lacs de retenue doit être maintenue. D’autres réserves sont également possibles. Nous sommes ouverts à une variété de technologies. En guise d’assurance supplémentaire, des centrales de réserve à gaz sont aussi une option ; elles pourraient livrer de l’électricité dans les situations extrêmes.

Qui déciderait de l’utilisation de ces centrales à gaz ?

Les centrales à gaz constitueraient une réserve additionnelle supplémentaire si l’électricité disponible sur le marché en hiver devait s’avérer insuffisante. Il faudrait définir les règles de leur exploitation dans la loi ou dans une ordonnance. Ce point est en cours d’examen.

Étant donnée la situation actuellement instable sur le marché du gaz européen, y a-t-il lieu de craindre que le gaz vienne à manquer en Suisse pour exploiter ces centrales de réserve ?

C’est une question justifiée ­– d’autant plus que la Suisse ne dispose pas de ses propres réservoirs de gaz de grande taille. Mais la Suisse est bien connectée à l’international avec des conduites de gaz venant du nord, de l’ouest et du sud. Mais une situation critique sur le marché européen peut aussi avoir des répercussions sur la Suisse.

Swisspower propose comme solution le couplage chaleur-force combiné au power-to-gas. Que pensez-vous de cette approche ?

C’est une approche intéressante. Cependant il ne faut pas regarder le système d’approvisionnement en énergie sous le seul angle de l’approvisionnement hivernal. Il en va aussi de l’efficience de l’ensemble de la chaîne de valeur à l’année, ce qui rend vite les choses plus complexes qu’il n’y paraît à première vue. À la demande de la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie du Conseil national (postulat 20.3000, CEATE-N), nous sommes actuellement en train d’analyser des réglementations possibles pour le couplage chaleur-force.

Qu’en est-il du projet de la loi sur l’approvisionnement en gaz ? Et tiendra-t-elle compte de considérations de politique climatique ?

Le Conseil fédéral devrait adopter la loi sur l’approvisionnement en gaz vers fin 2022. Les retours de la consultation ont montré que la loi devait non seulement régler l’approvisionnement en gaz mais aussi prévoir des mesures de décarbonisation.

Quel rôle jouent les services industriels pour garantir la sécurité de l’approvisionnement en électricité ?

Les services industriels font bien de trouver le juste équilibre entre production propre et achats d’électricité à long et court terme. Il me semble très important que les services industriels continuent à développer leur stratégie de chaleur à distance, afin que la décarbonisation ne passe pas exclusivement par l’électrification. Dans l’espace urbain avec sa haute densité thermique, les réseaux de chauffage à distance offrent une solution intéressante pour un chauffage et une climatisation faibles en CO2.

Dans la lutte contre la menace de pénurie d’électricité, les demandes portent souvent en premier sur des capacités de production supplémentaires. Cette approche permettrait-elle de résoudre tous les problèmes d’approvisionnement ?

Non. La sécurité d’approvisionnement requiert une vision systémique. D’autres aspects tels le stockage d’énergie, les mesures d’augmentation de l’efficience et des réseaux énergétiques performants sont tout aussi importants. Ces potentiels doivent à tout prix être eux aussi valorisés. Avec le développement des réseaux de chaleur à distance et de l’énergie solaire, les services industriels peuvent apporter une contribution majeure à ce système et à la décarbonisation.

L’interview a été menée par écrit.

Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie OFEN
Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie OFEN
«Ganz wichtig erscheint mir, dass die Stadtwerke ihre Fernwärmestrategie weiterentwickeln, damit die Dekarbonisierung nicht exklusiv über die Elektrifizierung läuft.»
Welche Rolle spielen die Stadtwerke, um die Stromversorgungssicherheit zu gewährleisten?

Die Stadtwerke tun gut daran, die richtige Balance zu finden zwischen Eigenproduktion sowie langfristigem und kurzfristigem Stromeinkauf. Ganz wichtig erscheint mir, dass die Stadtwerke ihre Fernwärmestrategie weiterentwickeln, damit die Dekarbonisierung nicht exklusiv über die Elektrifizierung läuft. Gerade im urbanen Raum mit hoher Wärmedichte sind Fernwärmenetze eine sinnvolle Lösung für CO2-armes Heizen und Kühlen.

Zusätzliche Produktionskapazitäten sind meist das Erste, was im Kampf gegen eine drohende Stromlücke gefordert wird. Lösen wir damit alle Versorgungsprobleme?

Nein. Versorgungssicherheit muss man systemisch betrachten. Die Speicherung von Energie, Massnahmen zur Steigerung der Effizienz und leistungsfähige Energienetze sind genauso wichtig. Diese Potenziale muss man unbedingt auch ausschöpfen. Mit dem Ausbau der Fernwärmenetze und dem Zubau von Solarenergie können die Stadtwerke einen wichtigen Beitrag zu diesem System und zur Dekarbonisierung leisten.

Das Interview wurde schriftlich geführt.

Congrès des services industriels 2022 : «Villes fortes»

En matière d’énergie et de protection du climat, les villes agissent d’une part comme pionnières, initiant et développant des solutions pour la protection du climat et pour un système énergétique durable. D’autre part, elles sont particulièrement concernées par les conséquences d’une éventuelle crise énergétique et climatique. Le Congrès des services industriels 2022, qui se tiendra le 1er avril, traitera de la manière dont les services industriels et leurs partenaires peuvent contribuer à des villes fortes et résilientes.

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