Daniel Wiener, président de la Global Infrastructure Basel
Monsieur Wiener, l'effet Greta est depuis longtemps retombé : l'air du temps actuel accorde moins de poids à la protection du climat. Quel impact cela a-t-il sur le chemin de la Suisse vers le zéro net ?
Daniel Wiener : J'ai l'impression que le débat sur la protection du climat se déroule de manière un peu plus sereine. Il y a peut-être plus de personnes qu'il y a quelques années qui ne considèrent pas l'objectif zéro net comme une priorité absolue. Mais au niveau politique, cet objectif n'est pas sérieusement remis en question. L'exemple du programme bâtiments le démontre : le Parlement fédéral, à majorité bourgeoise, l'a maintenu alors que le Conseil fédéral souhaitait le supprimer dans le cadre du paquet d'économies actuel. Dans la population également, la conviction reste largement répandue que la science a raison en matière de protection du climat et que nous devons agir. Les gens le comprennent : la multiplication des événements météorologiques extrêmes est liée aux changements climatiques.
Selon vous, qu'est-ce qui détermine avant tout si la Suisse atteindra l'objectif zéro net d'ici 2050 ?
La mesure la plus déterminante consiste à capter les émissions inévitables provenant de sources ponctuelles – comme les usines d'incinération des déchets ou les cimenteries – et à les stocker de manière sûre, par exemple dans d'anciens dépôts de gaz naturel. Cela éliminerait d'un coup environ 20 % des gaz à effet de serre actuels et ouvrirait la voie aux émissions négatives. C'est un enjeu important pour les villes et les services industriels. Beaucoup d'entre eux exploitent, outre des usines d'incinération, des centrales de chauffage à bois. Si l'on peut en extraire le CO2, ces installations génèrent des émissions négatives. Et un autre point décisif pour l'objectif zéro net : chaque mesure de protection du climat doit être socialement compensée. Il s'agit de trouver les bons mécanismes pour que les personnes les moins aisées ne soient pas pénalisées.
Table ronde avec Daniel Wiener au Congrès des services industriels 2026
Où en est le secteur de l'énergie sur la voie du zéro net ? Et que faut-il encore pour atteindre cet objectif ? Daniel Wiener en discutera lors d'un panel au Congrès des services industriels 2026 avec Agnès Petit Markowski, responsable de la Division Project & Programme Funding d'Innosuisse, Katrin Bernath, conseillère municipale de Schaffhouse, et Hans-Kaspar Scherrer, CEO d'Eniwa.
Les instruments de politique climatique existants suffisent-ils pour atteindre la vitesse de réduction nécessaire ?
Non, pas du tout. Nous devons rapidement expérimenter d'autres instruments prometteurs et socialement équitables. Car la protection du climat est un processus d'apprentissage. Nous devrions également apprendre d'autres pays. Dans le domaine des transports, par exemple, nous pouvons nous inspirer de la Norvège. Là-bas, les voitures électriques ont été encouragées tôt, tandis que les véhicules à essence ont été davantage taxés. Ce type d'approche n'a jamais été testé en Suisse. J'en suis conscient : cela exige un processus de dialogue dans notre démocratie. Mais plus tôt nous l'engageons, mieux c'est.
«Dans certains domaines, seules les interdictions permettent d'atteindre efficacement l'objectif.»
Quelles mesures sont surtout nécessaires à court terme – dans les cinq prochaines années – et lesquelles peuvent attendre ?
Un tel phasage ne fonctionne pas en matière de protection du climat. Nous devons être persévérants dans tous les domaines et poursuivre les idées. Ce faisant, nous devrions également briser un tabou et envisager des interdictions. Celles-ci sont certes perçues comme contraires au libéralisme. Mais en réalité, elles sont très libérales et constituent une solution équitable, car tout le monde doit s'y conformer. Et avec le recul, personne ne les remet en question, comme le montre par exemple l'interdiction des voitures sans catalyseur dans les années 1980.
À quelles interdictions pensez-vous aujourd'hui ?
Par exemple à une interdiction des voitures à moteur à combustion, annoncée suffisamment tôt. Cela créerait une sécurité juridique et accélérerait le déploiement des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques. La sortie à long terme du chauffage au gaz, déjà décidée par plusieurs villes, s'apparente également à une interdiction. Dans ces villes, les propriétaires ont désormais suffisamment de temps pour trouver une alternative plus respectueuse du climat.
Plus nous approchons de 2050, plus le coût de la réduction de chaque tonne supplémentaire de CO₂ augmente. Comment résoudre ce dilemme ?
Si nous ne prenons pas ces coûts en charge et agissons trop peu, les conséquences nous coûteront globalement bien plus cher encore. Mais nous faisons face à un problème que les spécialistes appellent la « tragédie des biens communs » : les mesures de protection du climat profitent à la collectivité, mais les coûts doivent dans de nombreux cas être supportés individuellement. Il en résulte une action insuffisante. Une solution pourrait consister à mutualiser une plus grande part de ces coûts.
Comment cela pourrait-il se concrétiser ?
Un bon exemple est la taxe d'encouragement sur l'électricité dans le canton de Bâle-Ville. Les recettes permettent d'une part de soutenir les mesures individuelles de protection du climat par des subventions, et d'autre part de financer des projets pionniers. Une telle taxe augmente certes les prix de l'électricité, mais dans une mesure raisonnable. En Suisse, les coûts de l'électricité ne représentent qu'une faible part du coût de la vie – et cela ne change pas avec une taxe d'encouragement. Pour les entreprises à forte consommation d'énergie, une solution spécifique peut être trouvée.
Un tel financement peut-il recueillir l'adhésion de la majorité de la population ?
Je l'ai déjà mentionné : la protection du climat exige un processus d'apprentissage – y compris de la part de la population. Les services industriels peuvent jouer un rôle important à cet égard. Car ils ont un contact direct avec leurs client·e·s. Beaucoup d'entre eux envoient par exemple des newsletters ou des magazines clients. Ils peuvent les utiliser pour expliquer simplement et clairement les interactions en jeu – notamment sur des thèmes comme le mix électrique et les coûts de revient. Le message pourrait être : avec le vent et le soleil, la Suisse a accès à une énergie bon marché ; nous devrions en profiter. Et pour diverses technologies de stockage, les coûts évoluent également dans la bonne direction. À l'inverse, les prix du pétrole et du gaz sont soumis à de fortes fluctuations. Sans compter que notre dépendance aux énergies fossiles contribue à financer des guerres. La promotion du solaire, de l'éolien et de la biomasse, combinée au stockage, nous rend plus indépendants de l'étranger et fait de facto partie de notre politique de défense.
«Nous devrions briser le tabou de la participation d'investisseurs privés aux projets d'infrastructure.»
Justement, à propos des services industriels : ceux-ci doivent supporter une grande partie des investissements nécessaires à la transformation du système énergétique – et se retrouvent de plus en plus dépassés financièrement. Quelles solutions envisagez-vous ?
Il n'y a pas de réponse universelle, car chaque service industriel part d'une situation individuelle. Je vois toutefois trois pistes qui conviennent à beaucoup d'entre eux. Premièrement, la plupart disposent pour des raisons historiques d'importants actifs sous forme de biens immobiliers ne faisant pas partie des installations d'exploitation et donc entièrement amortis. Les activer de manière systématique dégagerait des marges de manœuvre financières. Deuxièmement, les entreprises énergétiques pourraient tirer encore davantage parti du fait que les cantons et les communes peuvent émettre des emprunts liés à des projets à des conditions quasi nulles.
Et la troisième piste ?
Nous devrions briser le tabou de la participation d'investisseurs privés à ces projets d'infrastructure. De nombreuses mesures de transformation du système énergétique promettent des rendements fiables et à long terme. Je pense notamment aux installations de stockage qui peuvent être exploitées de manière rentable. Une participation à des sociétés d'infrastructure pourrait par exemple intéresser les caisses de pension suisses.