1. Après la crise, c'est avant la crise
Nous avons tendance à extrapoler l’état actuel des choses vers l’avenir de manière linéaire. C’est pourquoi, maintenant que la situation se détend sur les marchés de l’énergie, nous ne voulons plus entendre parler de crise. Et pourtant, cet hiver nous avons tout simplement eu de la chance – entre autres grâce à la douceur des températures. Mais le prochain hiver arrivera certainement. Et s’il s’avère vraiment froid, il s’accompagnera d’une nouvelle pénurie d’énergie. Il vaut donc mieux s’y préparer dès aujourd’hui.
2. C'est en forgeant qu'on devient forgeron
Contrairement au coronavirus, la pénurie d’énergie ne nous a pas frappés de manière inattendue. Et cela fait maintenant presque un an que nous pratiquons une situation de crise – sans être encore vraiment passés maîtres. Il nous faut donc faire bon usage du sursis que nous a accordé la douceur de l’hiver qui s’achève. Et pratiquer et nous exercer encore et encore : comment s’organisent les cellules de crise si l’électricité vient à manquer ? Comment informer la population de délestages tournants ? Et comment assurer l’approvisionnement en essence et en eau potable sans électricité ? La population aurait du mal à nous pardonner l’absence de réponses à ces questions l’hiver prochain.
3. Économiser l’électricité – mais de manière intelligente !
Si nous avions vraiment manqué d’électricité cet hiver, nous aurions assisté à des scènes chaotiques : les délestages tournants auraient coupé le courant aux quartiers à tour de rôle quatre heures durant. Conséquence : les réseaux de téléphonie mobile, les transports publics et les soins médicaux de base se seraient effondrés. À l’avenir, nous avons besoin de systèmes plus intelligents afin de réduire massivement la consommation d’électricité en cas d’urgence. Citons ici deux notions clé : la mise à l’enchère de délestages librement consentis et la restriction de puissance pilotable de façon centralisée. Le temps est venu de remplacer les mesures OSTRAL, encore imprégnées de l’esprit de la guerre froide, par des solutions de l’ère du numérique.
4. Il nous faut une police d’assurance meilleur marché et plus intelligente
À court terme, la centrale de réserve de Birr était quasiment la seule option. La réserve d’énergie hydraulique offrait une solution pertinente. Mais toutes deux constituent des assurances extrêmement coûteuses pour pallier à une pénurie d’électricité. La réserve d’énergie hydraulique à elle seule a coûté presque un demi milliard de francs pour cet hiver. Pour Birr, le montant est environ le même pour quatre ans. Nous devons donc mettre en place une assurance plus intelligente pour les hivers à partir de 2026. La solution : des installations de couplage chaleur-force décentralisées, efficientes et comparativement bon marché. Chaque hiver, elles peuvent produire un TWh d’électricité et la même quantité de chaleur de manière sûre et à la demande.
5. La responsabilité n’est pas divisible
Qui est responsable de la sécurité de l’approvisionnement dans le domaine de l’énergie ? Face au risque de pénurie, il est apparu de manière particulièrement douloureuse qu’en Suisse cette question était sans réponse. La complexité des organigrammes des cellules de crise en témoigne également nettement. Il faut établir des responsabilités claires – englobant l’ensemble des vecteurs énergétiques, de l’électricité au gaz et au diesel. Car si la pénurie touche l’un d’entre eux, elle s’étendra aussi aux autres.
6. L’efficience énergétique doit être plus qu’un simple slogan
Elle ne manque jamais d’apparaître dans les laïus de politique énergétique : l’efficience énergétique. Car tout le monde sait que nous gaspillons encore beaucoup trop d’électricité et de gaz. Il faut maintenant passer des beaux discours à l’action. Deux occasions concrètes nous en seront données prochainement : le Parlement peut ancrer l’efficience énergétique dans l’acte modificateur unique. Et le 18 juin, les citoyennes et les citoyens peuvent voter Oui au contre-projet à l’initiative pour les glaciers, qui permet des investissements massifs dans des chauffages plus efficients et des bâtiments mieux isolés.
7. Solaire, hydro et éolien : qui ne lâche rien gagne
Ce dernier semestre, le Parlement a avancé plus rapidement qu’il ne l’avait fait depuis des années. Installations photovoltaïques alpines, rehaussement du barrage du Grimsel, offensive éolienne : sur tous les fronts, les politiciennes et les politiciens ont passé la vitesse supérieure et fait tomber des freins législatifs. Il ne faut pas relâcher ces efforts si nous voulons gagner. Il faut conserver la dynamique de cet hiver de crise pour les années à venir – avec des procédures d’autorisation plus rapides et plus de moyens financiers. Cela ne sera pas simple. Car la résistance est déjà en hausse de la part de nombreuses organisations environnementales. Mais ici comme ailleurs, la même devise s’applique : qui ne lâche rien gagne.